Voici la REPONSE DE Celine Destève responsable du reportage « Le vin est-il toujours un produit naturel ? », dont nous aimons particulièrement la conclusion.

Je tiens à expliquer notre démarche concernant notre enquête sur le vin. Notre point de départ était de se mettre à la place du consommateur. Pour le consommateur, le vin, c’est seulement du jus de raisin fermenté. Or, au fil de notre enquête, nous nous sommes aperçus qu’il y avait des pratiques totalement inconnues du grand public.

Les levures exogènes par exemple, que certains viticulteurs refusent d’utiliser parce qu’elles ne viennent pas de leur terroir, mais que d’autres utilisent pour ne pas prendre de risques et s’assurer qu’il y aura bien fermentation.

Les sulfites, mentionnés en tous petits caractères sur les bouteilles. Les consommateurs remarquent rarement cette mention et ceux qui l’aperçoivent se demandent de quoi il s’agit. Il nous a semblé logique de le leur expliquer. Nous avons d’ailleurs dit que l’usage de ces produits étaient sévèrement contrôlé, et que les producteurs respectaient les doses. Nous avons également expliqué les possibles désagréments causés par ces produits pour une certaine catégorie de population concernant certains vins fortement sulfités. Une information qui doit être diffusée à notre sens, non pas pour dissuader les consommateurs de boire du vin, mais pour qu’ils comprennent que ce conservateur, qui se retrouve partout dans l’alimentation est aussi présent dans les bouteilles et que cette mention n’est pas là par hasard. Nous avons pleinement conscience que les viticulteurs s’emploient à réduire les doses et qu’avec leurs contraintes de production il ne peuvent pas s’en passer. Cependant affirmer que sans sulfites, le vin tourne au vinaigre n’est pas tout à fait exact puisque certains producteurs parviennent à s’en passer, du moins jusqu’à la mise en bouteille.

Le sucre, bien sûr est inoffensif. Mais son utilisation abusive est une fraude et il est logique que le consommateur en soit également informé lorsque certains vignerons ne respectent pas les règles. Dans le Beaujolais, cette affaire concernait une cinquantaine de viticulteurs sur 3000, nous avons donc bien précisé que ce n’était pas l’ensemble des viticulteurs qui avaient triché.

Les pesticides enfin, dont nous avons trouvé des résidus dans les bouteilles. Nos analyses ont été faites en toute impartialité et nous ne nous attendions pas à en trouver dans chaque bouteille de champagne choisie parmi les plus grandes marques. Là aussi, nous avons expliqué que les normes sanitaires n’étaient pas dépassées, donc a priori sans danger si l’on considère que c’est la dose qui fait le poison. Mais d’autres scientifiques n’adhèrent pas à ce postulat, il est normal de leur donner la parole. Nous avons donc également tenté de comprendre d’où venaient ces résidus. Il semble que malgré le développement de la viticulture raisonnée, les produits phytosanitaires ne disparaissent pas comme par magie pendant la vinification, une idée jusqu’ici communément admise.

Enfin, il ne s’agissait en aucun cas de faire l’apologie de la viticulture bio. Nous avons expliqué que les bios utilisaient aussi le levurage, les sulfites et que le cuivre était à forte dose néfaste pour les sols. Nous n’avons pas non plus cherché à détruire une filière, bien conscients que la majorité des viticulteurs font tout pour se passer de chimie et essaient de faire leur métier avec le plus de sincérité et de transparence possible. Il nous semblait cependant important que lorsque le consommateur achète un vin, il s’interroge un peu plus sur ses conditions de productions, sur les efforts qui ont été fait par le viticulteur et qu’il s’oriente justement vers ceux qui ont de bonnes pratiques.

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